Que l’immuabilité serait confortable ! Une stabilité sereine et rassurante. Mais rien n’est immobile. Le temps, les paysages, les personnes, les émotions. Le mouvement est partout, tout le temps. Nous devrions y être habitués.

  • Et pourtant...

    Le changement, c’est la vie. La phrase sonne comme un slogan. Et la réaction peut être épidermique tant, dans certaines situations de changement imposé, il peut être indécent de promouvoir le caractère positif de l’évolution. Certains changements sont des ruptures subies, d’autres sont des évolutions souhaitées ou espérées. Dans tous les cas, rupture ou promotion, c’est le vertige de l’après qui prédomine.

    Car s’il est création et progrès, le changement est d’abord et toujours, décomposition et crise. Qu’il soit voulu ou subi, positif (promotion, création,…) ou négatif (licenciement par exemple), le changement est déstabilisant. Il nous place sur un fil suspendu au-dessus de l’inconnu. Un monde où l’on perd facilement ses repères : dans quel espace-temps dois-je m’inscrire ? Quelles sont les perspectives ? Quelles sont mes ressources pour faire face ? Dans cette oscillation vertigineuse, le réflexe est volontiers de l’ordre de l’immobilisme ou du rejet. à l’incertitude, nous préférons bien souvent l’inconfort - désagréable mais sûr. Une posture renforcée par des adages ancestraux qui ont la peau dure : « On sait ce que l’on perd, pas ce que l’on gagne… »

    Serrer les dents ou ouvrir les mains ?

    Face au changement, nous ne sommes pas tous égaux. Le tempérament et les héritages nous rendent plus ou moins agiles sur le terrain mouvant du changement.

    Et pourtant, il s’avèrerait très contre-productif de tenter de s’en préserver. Aujourd’hui, imaginer mener une vie professionnelle sans changement est de moins en moins plausible.

  • Nous ne devons donc ni l’ignorer ni chercher à le tenir à distance. Il est à ce titre du devoir des organisations de garder ses membres en mouvement - dans une certaine mesure car le changement ne peut être trop fréquent (la permanence a ses vertus !) mais aussi et surtout d’accompagner le changement lorsqu’il se présente.

    Accompagner le changement. Dans ce domaine, on a souvent pensé que le bon sens suffirait. Il s’agit pourtant d’une vraie méthodologie à déployer. Car le processus de gestion du changement est un cousin proche de celui du deuil : choc, déni, colère, repli, acceptation et reconstruction. Il serait dangereux de négliger les impacts du changement sur les personnes et les organisations. On ne peut pas non plus négliger l’importance d’une bonne préparation et d’un bon suivi. La proximité et la communication (voire la sur-communication) doivent être des basiques. Il est indispensable de désamorcer l’échéance, en amont ; le changement a le don de susciter une anxiété d’anticipation qui peut fausser le débat. Nous avons tous une extraordinaire capacité à nous leurrer.

    Enfin, il convient peut-être de rappeler que depuis que le monde est monde, les changements sont légion et qu’il est le propre de chaque être humain de savoir s’y adapter. Pensons aux êtres ignorants et fragiles que nous étions à notre naissance. Et voyons ce que nous sommes devenus. De cette formidable capacité à intégrer le changement, nos cerveaux à tous ont conservé la mémoire. Faisons-nous confiance. Oui, le changement déstabilise et effraie, il est inconfortable et irritant mais nous avons les ressources pour le dépasser. Et pour trouver, au bout du fil, un nouvel horizon de possibles.