Ainsi chantait le groupe rock The Clash en 1981.

Ainsi serpentent souvent les esprits au carrefour des congés d’été, entre juilletistes et aoutiens. Entre le bureau et la plage. Entre la cravate et les savates. Entre la plage et l’usine, et oui, quand à la fin des vacances il faut rentrer.

Pourquoi rester ? Pour le confort de ne pas bouger ? Sans doute. L’homme est ainsi fait que c’est dans la stabilité que, bien souvent, il trouve son confort et son épanouissement. L’homme est ainsi naturellement paramétré que pour beaucoup d’entre nous, envisager le changement provoque un gouffre d’angoisse qui mènera à fermer la page Viadeo, à saborder inconsciemment un entretien de recrutement. A tout simplement ne pas s’estimer suffisamment lassé, suffisamment fort, suffisamment prêt…

Pourquoi partir ? Pour quoi, aussi ? L’herbe est-elle toujours plus verte ailleurs ? On sait bien que non, sinon pourquoi irions-nous souvent traîner nos culottes de bain et nos corps fatigués par onze mois de labeur dans les mêmes sentiers de randonnées, les mêmes mares à crevettes, les mêmes douces ornières, année après année. S’il suffisait de changer de destination de vacances pour garantir un plus, jamais on n’entendrait sur une cale un père dire à son fils «regarde, c’est là que Papi m’a appris à pêcher au bouchon », ou une mamie à sa fille, derrière l’église du village reculé « tiens, c’est là que ton grand-père m’a embrassée pour la première fois ». S’il suffisait de changer de job pour garantir des lendemains professionnels qui chantent, cela se saurait et chacun, à force d’incompréhensions, à bout de frustration, irait s’essayer sur les bancs d’un nouveau contrat, le liant pour le meilleur, ou pour le pire, à une nouvelle société, au sens propre comme au figuré.

Alors pourquoi rester, mais rester en le décidant vraiment ? Parce que c’est dans la durée parfois qu’on devient bon. Dans la répétition du geste pour les artisans. Dans la maîtrise des processus pour les scientifiques. Dans la compréhension lente et laborieuse des autres pour les managers, et pas que pour eux d’ailleurs !

Parce que c’est dans le combat patient, dans la ténacité consentie, dans le volontarisme discerné qu’on apprend à mieux se connaître et à s’apprivoiser d’abord, pour apprivoiser l’autre ensuite. Celui qu’il faut comprendre, de qui il faut apprendre, à qui il faut se soumettre, ou bien à qui il faut commander. Celui-là même qui nous donne parfois envie de fuir, mais dont on sait qu’on retrouvera peu ou prou l’archétype assez rapidement ailleurs.

Chez Galiléa nous fermons la porte du cabinet pour quelques semaines l’été, après des entretiens particuliers, où certains candidats nous confient l’urgence absolue de prendre du recul, du champ, de la distance… de faire un break, de ne plus penser à rien. On connaît tous ça, plus ou moins. Chez Galiléa nous retrouverons ces mêmes personnes légèrement différentes et pourtant sensiblement les mêmes, après ces quelques journées de congés faussement miraculeuses. Il faudra, pour toutes celles qui nous reviennent et restent dans leur emploi, travailler sur le meilleur moyen de réaliser un potentiel, dans la même aire de jeu. Ou tâcher de faire bouger cette aire de jeu pour y retrouver du souffle. Should I cool it or should I blow, rageaient les Clash ? Ce ne sera pas le grand vent des vacances, non. Mais une onde possible de modifications subtiles, celles-là tellement porteuses : changer de point de vue sur ses limites quotidiennes, chausser des lunettes un peu plus optimistes sur ses possibilités….

One day is fine, the next is black, scandaient les Clash. C’est vrai dans la vie, vrai au travail aussi. C’est le fait de chacun que d’osciller ainsi. L’important étant probablement de se demander, avant d’incriminer autrui, la part de responsabilité qu’on a dans cette inconstante « sombritude ». Après, seulement, pourrons-nous changer réellement de cap ou décider sagement de rester, en ayant avancé, bâti, évolué. En sachant un peu mieux de quoi l’on est doté, qu’on a parfois sous-estimé, pour gagner la partie d’après, ici ou ailleurs. En ouvrant la voie d’une plus grande expression de ses talents et de la place qu’on doit jouer dans la sphère complexe et passionnante du travail :

Exactly whom I’m supposed to be…  chantaient les Clash.

 

Armelle Le Pennec-Panagos

Consultante, Associée