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Une rencontre à une conférence ENSAM sur la Cité de L’objet Connecté, où Laurent Stephan parle simplement de l’histoire de 4MOD, son entreprise créée en 2008. Son discours m’interpelle. Je l’appelle et je vais l’écouter à Nantes, dans des bureaux où il fait apparemment bon designer les télécommandes de demain.

Galilea : 4MOD est-elle une entreprise comme les autres ?

Laurent Stephan : A première vue, oui : des locaux, des collaborateurs, des produits, un marché.

Mais 4MOD c’est avant tout une joyeuse école : Marie l’Ecossaise donne des cours d’anglais à ses collègues le midi, Damien a appris le web design par tutorat interne.

C’est la génération qui apprend à 360° : je sais –> je partage /  je ne sais pas –> je demande / je savais –> je ne sais déjà plus. A chacun de proposer ses services. Toute initiative peut générer une identité particulière et un véritable attachement à l’entreprise.

4 MOD, c’est aussi un world café au sens propre comme au figuré : depuis 2 ans ½ les salariés se relaient en binôme, chaque jour, et cuisinent pour leurs collègues.

Même nos récents travaux d’agrandissement n’ont pas eu raison de cette drôle d’aventure : plutôt continuer à se serrer qu’abdiquer sur cet usage hautement fédérateur !

 

Galilea : Comment met-on une entreprise à plat*, sans la rendre « raplapla » ?

 Laurent Stéphan : Pour passer d’un modèle pyramidal à un modèle à plat, on doit absolument penser contribution, plutôt que titre.

Avec des ingénieurs par nature obéissants, on leur apprend à déborder intelligemment de leur périmètre.

On fait tous les jours du « ego management » mais surtout pas de micro-management : ce n’est pas parce qu’ils sont studieux sous leurs casques face à des lignes de code, que les ingénieurs et designers de 4MOD n’en sont pas moins hommes -et femmes- pilotés par leurs ambitions et leurs affects. Il faut les écouter, les comprendre individuellement et collectivement.

Aussi les inviter à me challenger en permanence. J’invite chacun à une responsabilisation maximum.

(*un exemple d’organigramme à plat, qui élimine la notion de niveaux hiérarchiques)

 

Galilea : Que fait un dirigeant quand il veut faire plus que diriger ?

Laurent Stéphan : D’abord, il se fait coacher. Il consolide sa place, il l’assume. Il sort, il observe, il navigue. Il affute le cap stratégique.

Il tâche de rendre les choses possibles, de manager par la valeur, celle des hommes, des femmes et des processus.

 

Galilea : 2008 – 2015 : 7 ans, 4MOD aurait-elle atteint l’âge de raison ?

Laurent Stéphan : Oui…et non.

Effectivement, 4MOD a 7 ans et elle a déjà fait ses preuves. C’est une PME qui joue dans la cour des très grands et doit se réinventer tous les jours.

En ce qui me concerne, à 43 ans, après des débuts en tant que journaliste en électronique industrielle, 4 ans hyper formateurs dans un groupe japonais, puis une expérience tremplin chez Thomson, je tâche d’être un patron disruptif.

Je garde quelques clients clés pour sentir les vents, je trouve du capital car c’est un bon moyen pour s’amuser sérieusement. Sur un marché parfois déraisonnable, je dois être un dirigeant fun, mais responsable.

Si l’âge de raison, c’est commencer à savoir ce qu’on veut et peut faire, alors oui,  je sais ce que je veux faire. D’un père entrepreneur, j’ai hérité le principe du « même pas peur ». Donc… même pas peur !

 

Armelle LE PENNEC-PANAGOS pour Galiléa